Texte sous contrainte

belangeintl/ février 15, 2016/ Essais/ 0 comments

Le texte qui suit est un exercice où Ecriture et Plaisir se mêlent pour ne faire plus qu’un. La première phrase est tirée de « Pardonnable, impardonnable » de Valérie Tong Cuong. La contrainte d’écriture est offerte gracieusement par

Fanny de https://lesbilletsdefanny.wordpress.com/

 

Elle se retourne, sourit, inspire avec lenteur pour souligner l’importance de l’entreprise. Se remet en position, tête inclinée. Prête à partir.

Et puis non.

Non. Elle ne fera pas cette course. Tout est prêt pourtant. Sa médaille de baptême en argent glissée dans sa brassière en lycra noir. Ses cheveux bien tirés vers le sommet du crâne révèlent son regard vert. Son numéro, le 27, adhère parfaitement au maillot bleu et grenat de son club. Celui du Rouen Athletic Club, celui de son enfance, de ses années sport-études, de son premier titre national catégorie moins de 18 ans.

Pourtant, elle ne fera pas cette course. Elle ne fait pas cette course. Ses cinq concurrentes s’élancent, atteignent déjà la première haie, avalent ce premier obstacle. Selma regarde fixement les jambes puissantes de ses adversaires dérouler, effleurant à peine le revêtement Sportflex SuperX de la piste. Elle sourit, comptant le nombre de pas avant chaque haie, notant mentalement le rythme saccadé de Tatiana qui creuse l’écart. Les autres n’ont que sa natte dorée pour horizon. Machinalement, Selma défait sa propre queue-de-cheval, ses doigts aux ongles coupés ras jouent avec l’élastique noir. Noir et sobre. Sans chichis, elle qui aime tant le fuchsia, le strass, les paillettes.

Elle ne fait pas cette course parce qu’elle a renoncé. Bien au contraire, elle entame un nouveau chapitre. Certains tournent la page, d’autres l’arrachent, elle se contente de refermer le livre.

Elle ne voit pas sa mère, son petit frère, pas plus que Roger l’entraîneur du club qui essaie d’attirer son attention depuis la tribune nord. Celle toujours plongée dans l’ombre au sortir du premier virage.

Selma suit toujours les jambes de ses adversaires, certaines sont des camarades d’entraînement, de bonne camarades. Toujours clean, toujours fair play. Elle aime ce sentiment d’appartenance au club. Faire partie d’un groupe tendu vers un seul et unique objectif. Elle aime cela, c’est inscrit dans sa chair. Ce qu’elle ne supporte plus, c’est la violence de l’entraînement. La rigueur des séances de musculation, l’ascèse de l’alimentation. Elle n’en veut plus. En revanche, elle a encore soif de victoires, de breloques. Elle sera entraîneur, pas entraîneuse : elle veut porter un survêtement avec entraîneur en capitales  sur le dos. Elle expire longuement. Satisfaite.

 

N’hésitez pas à commenter ce texte pour me donner votre sentiment 🙂

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