Jeux d’écriture, un atelier pour jouer sur les mots

belangeintl/ juillet 2, 2015/ Atelier/ 2 comments

Pour toi qui préfère les articles de fond, bien bien longs, à lire un verre de rosé à la main, la tablette calée contre le parasol, voici l’article complet sur l’atelier Jeux d’écriture.

« motivant…, libérateur-enrichissant-instructif, voilà »

« Plus apaisé qu’avant de commencer, une première pour moi ! Merci encore pour ton écoute et tes conseils »

« excellent exercice d’exploration, quel bonheur de partager cela » « comment dire, une expérience aussi rythmée que bien illustrée ! »

« agréable, engageant et efficace »

« un vrai plaisir inédit de [se] découvrir soi-même, découvrir les autres aussi et en plus, de respecter un cadre super contraignant ! »

« beaucoup mieux qu’une thérapie de groupe »

« un atelier enrichissant grâce à l’approche de l’écriture et la connaissance de l’Autre »

Voilà. C’est parfait ça. Je n’aurais pas trouvé mieux pour présenter cet atelier à ceux qui n’y ont pas encore participé. Soyez sans crainte, la deuxième édition est en route, elle sera livrée au 15 avenue Clémenceau le 9 juillet, déballée entre 18h45 et 20h45 et montée sur des rails de travelling pour écrire comme… comme au cinéma.

Je disais, je disais, je n’aurais pas trouvé mieux, alors que mon métier d’interprète de conférence consiste à trouver le bon mot au bon moment. Mais ce soir-là, j’étrennais un nouveau costume celui d’animateur d’atelier d’écriture. D’ailleurs, j’étais aussi fier qu’impatient, je ne cessais de vérifier, revérifier mes consignes sagement retenues par un trombone noir avant d’être lues, puis explicitées. Le 16 juin dernier, ce soir-là, dans la grande salle de réunion des Satellites : j’étais en proie au trac.

J’espère ne pas l’avoir montré à mes invités : sachant combien il est difficile d’écrire, et plus difficile encore de lire ses écrits, je gardais mes appréhensions pour moi. Je ne devais pas être le seul à flipper car l’un des participants a tenté de s’esquiver juste avant le début des festivités. Il a fallu enclencher le mode séduction avec une pointe de vannes, d’autorité, de persuasion, digne des meilleurs VRP du temps jadis. Pour finir l’ami a rejoint le groupe : je lui avais assuré le plus sincèrement du monde qu’il ne regretterait pas d’avoir ignoré la petite voix vicelarde qui lui crachait :

tu n’es pas taillé pour écrire, tu n’as ni la fibre ni l’originalité nécessaires alors va donc t’occuper de tes clients !

« mais j’ai pas les mots, j’ai pas les mots non »

Pour ma part, je ne trouve toujours pas le mot juste. Les mots justes pour parler de mon atelier d’écriture. Un comble. Qui me force à emprunter ceux de Michel Jonasz (le titre de la chanson est « Groove baby Groove »). J’aurais pu faire un plus mauvais choix mais bon quand même : ce ne sont pas mes mots, non, pas mes mots !

Depuis ce soir-là, j’ai pourtant eu tout le loisir de digérer le déroulé de l’atelier, disséquer les réactions du groupe, analyser les textes produits par les participants…. Eh bien non, quelque chose m’échappe.

Peut-être parce que l’on peut apprendre à écrire, vivre de sa plume mais qu’un je-ne-sais-quoi d’irrationnel ne pourra jamais être mis en bouteille. C’est ça l’écriture pour moi.

L'écriture ne se met pas en bouteille

Au début, il y eut…

Si je reprends tout depuis le début, si je renifle la piste de mes mots, récoltant les indices qui m’ont conduit jusque-là peut-être y verrai-je plus clair. Au commencement… au commencement donc, j’ai mis quelques jours à trouver la bonne formule pour baptiser l’atelier, celle qui sonnerait juste. Ce n’était pas désagréable de jouer avec les mots, d’associer sons et émotions – pas facile à dire ça, hein ? Bref, à force de jouer, je l’ai appelé jeux, au pluriel attention, ne pas tomber dans l’ego-trip d’entrée de jeu, ne pas jouer le jeu du je. Restons ludiques. Ludiques mais subjectifs.

Le terme « jeux » m’a également paru adapté car les consignes d’écriture qui permettent de faire éclore un imaginaire requièrent des règles strictes, un certain nombre de joueurs et une limite de temps. Présenté de la sorte, on pourrait aussi bien parler d’un match de foot !

babyfoot

Mais parlons de ce qui compte vraiment : les textes produits et leurs auteurs. Au lieu de donner un petit nom à cet  atelier sur mon bloc, j’ai noté très vite très fort au feutre rouge

Writing is Messy pour me graver cette formule dans le papier, au fond du crâne.

Et c’est armé de cette punchline que je me suis présenté au groupe d’auteurs.

Au fait, si vous vous posez la question, là, pour

Writing is Messy, en gros, je traduirais cette formule par Ecrire, c’est un vrai bordel

L’un des brouillons bordéliques qui m’ont permis d’arriver jusqu’ici.

Avec vous.

Voilà. Je vous la transmets à mon tour car elle provoque un écho assourdissant avec ma pratique personnelle de l’écrit.

J’avais déjà cela en tête quand j’ai commencé à bosser sur le contenu de l’atelier. J’étais littéralement obsédé par ces trois mots en présentant mes consignes au groupe de six mardi seize. Dans la chaleur de la salle de réunion, les six profils sont aussi variés que ceux croisés dans les vastes couloirs des Satellites. Quatre femmes, deux hommes. Tous avec une expérience personnelle, intime, charnelle de l’écriture. Chacun avec son écriture, qu’elle soit douce ou violente, passionnelle ou apaisée. Certains ont écrit puis cessé d’écrire pour aligner des chiffres avant d’y revenir, en traînant légèrement les pieds puis trépignant de joie à l’idée de partager de belles histoires avec un groupe. Ni tablette ni portable ce soir. La technologie est restée à la porte : je suis ravi.

Personnellement, pour écrire pour provoquer le premier jet, je recommande l’écriture manuelle.

Quand on rédige directement, à même le papier, quoi de plus naturel que de parler du toucher, du grain de peau ? Du papier à la peau, il ne s’agit que de quelques lettres de mieux. Et les sons assurent la transition.

Quand on écoute le silence chargé de la salle d’écriture, seuls émergent les micro-accrocs des Bic, des crayons de papier, des stylos-plumes mais déjà on perçoit les premiers pas de nos personnages, ceux qui prennent vie dès la première lecture.

Au cours d’un atelier d’écriture, quand on rature une phrase entière avant de la réécrire complètement parce que le temps presse, que la chute risque d’être bâclée à une ou deux secondes près, quand on livre ce combat mano a mano, l’écriture finit par triompher.

Vous me direz : et toi là, qui rédiges ton billet, tu tapes ou tu grattes ? Là, maintenant ? Je suis sur mon PC, euh, nan sur mon carnet de notes en fait, je prends quelques notes en plus sur un ticket de caisse trop long pour être honnête, je manque de place alors je saute sur mon fidèle carnet de notes élastiqué… Pour faire court, je navigue d’un support à l’autre au gré de mes humeurs, en fonction du besoin. Premier jet ou réécriture. Vérification orthographique ou travail sur le style. Mise en page ou insertion de visuels.

Dans le cadre de l’atelier d’écriture, rédiger à la main fait partie des règles imposées. Comme si ça manquait à l’appel. Oui, oui, oui, trois fois oui mais quelle liberté au sein de ce corset !

Liberté d'écrire des articles de blog, des scénarios, des nouvelles, des chansons

Et je le prouve. La deuxième consigne était simple et funky : créer un personnage de toutes pièces, le mettre en situation dans une courte scène. Après, il faut s’accrocher à son stylo pour trouver les traits saillants, la bonne distance en tant que narrateur, la scène qui mettra en valeur les traits de caractère tout juste ébauchés.

Figurez-vous que dans la touffeur de notre salle de réunion, j’ai vu jaillir des animaux au sourire tendre, des personnages à mi-chemin entre l’héroïne de Disney et coworkeuse accorte, des enfants aussi bruyants qu’à la sortie de l’école un vendredi après-midi, des rock stars tombées du ciel, des végétaux aussi immobiles que puissants… tout ça en un rien de temps, par la grâce des mots. De leurs mots. Vous l’avez compris, j’ai renoncé, jeté l’éponge-la serviette-le tabouret-le protège-dents. Fin du match, pas celui de foot, de boxe cette fois. KO debout face à mes consignes.

Les écritures étaient : parfaitement distanciées, à fleur de peau ou d’écorce, visuelles à faire pâlir les photographes de mode, humoristiques juste ce qu’il faut, aventureuses ou romantiques. Cette profusion, cette abondance, je n’avais eu qu’à la titiller pour qu’elle se déverse dans la pièce en ébullition, m’arrose au passage, me claque un sourire. Je n’avais pas trouvé un traître mot pour parler de l’atelier, j’avais en revanche permis d’en faire accoucher un certain nombre. Et pas les plus moches. Je pouvais fermer les fenêtres, tirer les rideaux sur ce premier essai, me coucher mon sourire béat toujours là… euh nan, pas encore, pas tout de suite. J’ai quand même déniché un titre, celui de ce billet :

sweatshop. Parce que ça me rappelait le creative writing workshop (atelier d’écriture) des Stephen King, des Jeffrey Eugenides et sweat parce que la chaleur nous avait bien esquintés dans cette magnifique salle d’écriture.

PS un sweatshop est aussi un atelier clandestin où des ouvriers travaillent dans des conditions déplorables, ce qui n’est pas du tout notre cas. Evidemment.

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2 Comments

  1. Bonjour Géraldine, je rêverais de faire MON tour de France des ateliers d’écriture comme ça je découvrirais d’autres horizons et pourquoi pas la Bretagne ! Si vous et vos amis passionnés d’écriture ont envie d’écrire, de se plier à mes strictes consignes envoyez-moi une invitation !

  2. Très sympathique ambiance, dommage que je sois à l’autre bout de la France (Bretagne). Bravo.

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