Interprète de conférence, ça se mange dis ?

belange26/ mars 9, 2015/ Conférence/ 7 comments

Un interprète de conférence, un interprète de conférence mais personne ne sait ce que c’est, voyons !

Voilà je pense que cela résume bien la façon dont les gens en général, professionnels ou pas, perçoivent les traducteurs ET les interprètes. On pourrait commencer par ces derniers, les interprètes et dire qu’ils sont perçus tour à tour comme des « freaks of nature » des sortes de mutants de l’espèce homo sapiens qui sont sortis du ventre de leur mère en parlant différentes langues sans aucun complexe et avec le bon accent.

Le plus souvent, les personnes auxquelles mes collègues interprètes et moi-même avons à faire croient dur comme fer que nous n’avons pas besoin de travailler, encore moins de nous préparer à nos interventions. Ici, le parallèle avec les musiciens virtuoses me parait plus que pertinent. Lorsqu’on va à l’opéra écouter la mezzo soprano Cécilia Bartoli, peu de spectateurs pensent aux milliers d’heures qu’elle a pu passer seule à faire des gammes, à répéter encore et encore les exercices indispensables pour entretenir la pureté de sa voix, son articulation, les modulations requises par le répertoire lyrique.

Je veux pour preuve de ce que j’avance que la plupart de nos clients, ici je parle au nom des interprètes freelance et non des interprètes de conférence travaillant au sein d’organisations internationales telles que l’ONU, l’OMC ou encore le Parlement Européen) ne nous fournissent pas les éléments indispensables à l’organisation de notre travail.

En effet, pour préparer nos prestations d’interprétation simultanée ou consécutive (renvoi à un autre billet blog) nous avons besoin de connaitre plusieurs paramètres. En voici une liste non exhaustive :

Tout d’abord, nous devons savoir dans quelles conditions nous allons travailler, s’agit-il de traduction simultanée et dans ce cas, cela nécessite un minimum d’équipement technique l’installation d’une cabine d’interprétation par exemple ou au moins un microphone en état de marche (batterie chargée, microphone unidirectionnel pour filtrer les bruits parasites, un retour vidéo au cas où nous ne serions pas dans la même salle que les intervenants).

Dans le second cas de figure, cela peut concerner une réunion d’affaires, une présentation formelle de la part d’institutionnels, il faudra avoir recours à l’interprétation consécutive, à savoir que l’intervenant parle pendant quelques instants, l’interprète à ses côtés prend des notes en sténo sur un calepin avant de retranscrire quasiment mot pour mot le discours). L’avantage présenté par cette option réside dans le fait qu’aucun équipement technique n’est requis-sauf si le carnet à couverture de moleskine et le Bic noir sont considérés comme des instruments high-tech…

Enfin, dans d’autres types de réunions lorsque l’interprétation simultanée ne concerne qu’ un tout petit nombre de personnes, alors on peut recourir au chuchotage, toujours en simultané. L’interprète se place alors tout près des personnes à qui il résume le discours en chuchotant afin de ne pas importuner les autres participants.

Dès lors, l’on peut se rendre compte aisément qu’il existe plusieurs types de situations requérant l’intervention d’interprètes professionnels.

Une fois que l’on dispose de la réponse à cette question cruciale : de quel type d’interprétation a-t-on besoin ? On peut affiner le besoin du client et in fine fournir une prestation optimale.

À présent, il faut savoir quelle combinaison de langues est requise. Cette question qui parait simpliste est en fait absolument essentielle. Je pourrais vous citer l’une de mes mésaventures dans un espace de réunions dédié au développement durable (au sein d’une technopôle du Sud de la France) où je me suis trouvé fort dépourvu en compagnie de mon interprète américain chargé de traduire du français vers l’anglais alors que la totalité des interventions se déroulait en anglais, et requérait donc une interprétation dans le sens inverse : de l’anglais vers le français. Certes l’anglais des orateurs présentait divers accents mais pour moi cela ne changeait rien à l’affaire, vaille que vaille il s’agissait bien de traduire vers le français. Petite parenthèse, en règle générale, on traduit aussi bien à l’oral qu’à l’écrit vers sa langue maternelle. A présent, vous comprenez aisément l’impuissance de mon collègue qui a dû me céder le microphone pour traduire aussi bien vers le français que vers l’anglais car le défi l’avait purement et simplement privé de tous ses moyens !

Je sens que vous commencez à saisir l’utilité d’établir un cahier des charges précis. Après tout, on n’ouvre pas un chantier sans savoir ce que l’on va construire, n’est-ce pas ?

D’autres précisions peuvent s’avérer utiles, nous les aborderons dans un prochain billet.

7 Comments

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  6. Absolument Martine, je ne sais toujours pas à quoi cela tient et pour l’instant je me borne à le constater d’un œil amusé ! Merci beaucoup pour votre sympathique commentaire !

  7. Idem pour les traducteurs, on imagine souvent qu’ils connaissent toutes les langues et sont capables de tout traduire en un clin d’œil !

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